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A chacun son Far West - Espace Belgique (Work in progress)


Nicolas Bomal

Ces images prises en Belgique ne sont que le reflet de mes propres errances dans un territoire qui est le mien et dont je ne parviens pourtant pas à partager la destinée. Pays assis et fonctionnaliste, sans grande ambition, sans esprit de recherche absolu; j'en viens à me demander si je viens réellement d'ici... Je me promène, prends le pouls d'une région d'Europe occidentale emmitouflée dans son statut de pays développé mais dont on sent inévitablement que le désastre est partout menaçant. L'oubli à chaque coin de rue, on se voile la face, on veut rester tranquille et continuer à faire ses petites affaires en douce. Le temps n'est rapide que pour ceux qui en font une boulimie rentabiliste. Et l'histoire des hommes, inlassablement, se répète. Ils foncent droit vers la mort en laissant derrière eux l’environnement qu’ils ont colonisé, témoin involontaire de la surconsommation dans laquelle ils perpétuent l’espèce et dont la nature panse les plaies avec patience et de manière infatigable… Je ne tente pas de proposer un point de vue strictement documentaire. La vérité, ou plutôt la réalité de la Belgique, n’est pas uniquement ce que j’en montre. Ce travail n’est qu’une représentation de ma vérité sur un territoire que je parcours de long en large, à travers un œil de verre. Je laisse aux spécialistes en communication et image de marque le soin de représenter le monde de la façon la plus adéquate à l’idée progressiste de la société. Les axes pré et post-industrielles, historiques et sociologiques procurent la base de recherche idéale à mes errements photographiques. Hermann Hesse aurait fustigé le bourgeoisisme, je me contente de l’illustrer à travers quelques images. Mais pour donner quelques indications toutes personnelles, éparses, je dois avouer que c’est un peu mon Far West à moi, avec tout ce que le terme évoque dans l’inconscient collectif comme clichés visuels. Ils sont là, extraits d’une quelconque Belgique, comme l’aurait dit Brel. « La vérité apparaît alors comme la figure inversée de ce qui, chez nous, en suscite le besoin. Ce qui ne signifie pas que tout est faux, mais que rien n’est vrai en regard des espoirs que nous plaçons dans la vérité, que tout est d’abord un simulacre, à commencer par la vérité elle-même ». Durant le parcours, j’avais toujours Paris, Texas de Wim Wenders en tête, Robert Frank, l’inévitable Walker Evans et Stanley Kubrick dans les ombres de ma conscience. Ils m’ont accompagné, je me suis nourri de leur point de vue. Et j’ai cadré moi-même, je me suis fait mon propre film. Un épisode se termine.




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